Jeudi 19 juin 2008

Comme il était têtu, en plus d'être sportif, notre voisin vint faire l'état des lieux. Seul, car son amie était moins kamikaze.

Il nous demanda d'être présent. J'étais encore en pyjama, mais je pensais pouvoir prendre une douche en attendant qu'il fasse un brin de ménage.

M. Rose, dans un élan de bonté lui avait rétabli l'eau pour qu'il puisse nettoyer. Sympa.

A peine la serpillière passée, le sol encore mouillé, M. Rose se présenta. Il avait amené avec lui un homme en costume avec attaché case, l'air sérieux et tout et tout. Il le présenta comme un huissier. L'homme rectifia, mais ne savais pas ce qu'il était censé être, il s'embrouillait. Je lui donnais un coup de main.

- Vous êtes ?

- heu... un heu... un amis... de la famille, heu...

- Un médiateur, c'est ça ?

- Oui, parfaitement, je suis le médiateur ! (regard reconnaissant)

- Bah tant mieux. Plus y'a de témoins, mieux c'est.


A peine entré, M. Rose s'exclama :

- C'est sale ici ! Regardez, là et là, et là, c'est plein de saletés !

- Ha ben excusez moi, ça fait dix jours qu'on n'a pas d'eau et vous me l'avez rétablie il y a dix minutes, j'ai fait ce que j'ai pu.

Comme prévu, M. Rose se mis à inspecter le carrelage et compter les carreaux ébréchés. Il cherchait manifestement un carreau supplémentaire à facturer.

- Et celui là ?

- Hmmm ? Non, c'est un cheveux sur le sol.

- Ha oui, mais c'est sale aussi !

- Évidement, c'est pas sec et vous faites des traces de pas partout.

J'interpellais le « médiateur » :

- Vous ne trouvez pas ça un peu ridicule ? On voit bien que le carrelage est en bon état. Il cherche la p'tite bête.

Il ne pouvait ignorer que M. Rose était de mauvaise foi. Déjà, présenter un membre de sa famille comme huissier, c'était quelque peu ridicule.

Rose s'est mis à crier qu'il manquait une serpillière. Aussitôt, j'allais en chercher une et la lui offrait. Pfff.

- Et la télé ? Elle fonctionne ?

- bah oui, heu, regardez...

Le voisin allume la télé et là, stupeur, c'est tout gris !

- Mais je n'comprend pas ! Elle marchait encore ce matin !

- Aha ! Vous avez cassé la télé !

- Mais non, qu'est ce que c'est que ce bordel ?

J'interviens :

- la télé fonctionne, là, c'est l'antenne qui semble être débranchée. On ne reçois pas les chaînes. Mais je pense que ça vient de l'antenne...

Le « médiateur » murmura quelque chose à M. Rose qui revint en changeant magistralement de sujet.

Ce gros salopard avait dû débrancher l'antenne en amont et allais être pris en flagrant délit de mensonge et d'escroquerie.



M. Rose trouva finalement des trucs à redire : l'égouttoir à vaisselle manquait (il était pourris et nos voisins l'avaient jeté); une rallonge électrique également; et un carreau du plan de travail de la cuisine était ébréché.

- Mais ça a toujours été comme ça !

- Non, non, non ! Je l'aurais noté sur l'état des lieux si je l'avais vu comme ça.

- Non, vous avez noté les carreaux abîmés AU SOL, pas sur la paillasse de la cuisine !

- Ha mais je l'ai pas noté parce que c'était tout neuf. Sinon, je l'aurais fait patatipatata.

On était tous exaspérés de tant d'hypocrisie.

- Je vous ai rendu un appartement nickel, il est plus propre qu'à l'arrivé, je ne signerais pas un état des lieux qui dit autre chose.

Le « médiateur » intervint :

- Monsieur Rose a une proposition à vous faire. Asseyons nous.

- Bon.

- Voilà, vous lui laissez votre appareil de musculation, et on n'en parle plus.

Je m'esclaffais :

- Ha ! J'en étais sûre ! J'vous l'avais pas dit ? Hihi ! J'avais raison, j'avais raison ! C'est votre bidule de sportif qu'il veut depuis le début ! (Oui, je suis lourde parfois)

Regards de travers du médiateur et de M Rose. Moment de silence.

- Ecoutez, cet appareil vaut bien plus qu'un mois de loyer. C'est ridicule et d'ailleurs il est déjà démonté et partis.

- Ha bon ? Il est partis ?

- Oui oui oui. On l'a emmené l'autre jour.

M Rose tournait sa langue dans sa bouche. Il brûlait de dire quelque chose mais se retenait. Il savait que l'appareil était encore dans notre appartement, mais comment le dire sans reconnaître qu'il entrait chez nous à notre insu ?


Notre voisin refusa de signer cet état des lieux qui le mettais en tort. Il nous emprunta une ralonge et un égouttoir à vaisselle pour les donner à M. Rose en remplacement des pièces manquantes.

Tout le monde se serra la main, dans la crispation. M. Rose avait l'air relativement calme.

J'échangeais quelques mots avec le « médiateur ». C'était en fait un membre de la famille Rose qui me dit travailler dans un cabinet d'avocat. Je n'y croyais pas trop. Je pense surtout qu'il était mandaté par la famille pour surveiller M. Rose. Éviter ses débordements qu'ils ne devaient pas ignorer.


Nous avons chargé la voiture avec les pièces de l'appareil de muscu démonté, et avions du mal a fermer le coffre. On gardait les yeux, à tour de rôle sur la voiture car on voyait bien que M. Rose nous observait en fulminant.

M. Rose ramena le médiateur chez lui.

On aurait dû profiter de ce moment pour partir vite fait. Mais, soulagé de son départ, on en a profité pour se détendre et prendre un thé.


M. Rose fut vite de retour et se gara, une énième fois, de façon à empêcher le départ du voisin. Il était furieux de voir l'appareil de muscu dans le coffre.

Le voisin voulant partir, on fit des pieds et des mains pour qu'il bouge sa voiture, mais rien à faire. D entreprit de défaire le frein à main et de pousser la voiture ce qui mis Rose dans une colère noire. La situation dégénèra et Rose se mis à taper sur la bagnole du voisin et à jeter un carton dessus.

Appel des gendarmes, arrivée tonitruante de ceux ci qui connaissent la maison maintenant.

Ils le raisonnent. M. Rose déplace sa voiture, les gendarmes s'en vont.



Dès que notre voisin monta dans sa voiture, M. Rose sauta dans la sienne et la démarra.

- Ben ? Qu'est ce que vous faites ? Vous n'allez pas le suivre ?

- VOUS ! Mêlez vous de ce qui vous regarde !

Le sportif s'arrèta. Il essaya de raisonner M. Rose :

- On a porté plainte deux fois à la gendarmerie ! On leur a dit que vous nous avez suivi l'autre jour ! Vous n'avez pas intérêt à recommencer !

Mais Rose ne l'entendais pas ainsi.


Je me plaçait derrière la voiture de M. Rose. Je fis signe au voisin de partir. Je voulais empêcher Rose de reculer et faire sa manoeuvre. Mais celui ci reculait tout de même et je fut contrainte de me pousser. Entre temps, D m'avait rejoint. Il avait l'habitude de sécuriser les abords de manifs. Empêcher les automobilistes énervés de passer et foncer dans la foule.


Rose recula encore. Mais D ne bougea pas. Lorsqu'il lui cogna le genoux, D cria « aïe » et donna des petits coups sur la caisse. Moi, je me mis à crier.

- Mais vous êtes fou ? Vous n'allez pas l'écraser quand même !

- Arrêtez de taper sur ma voiture !

- Arrêtez de me rouler dessus !

- Vous n'avez qu'à vous pousser !

J'avais très peur, je voyais la folie dans les yeux du père Rose. Il regardait la voiture des voisins et « son » appareil de musculation s'en aller. Je crois qu'il se considérait comme spolié de cet appareil.

Il recula encore sa voiture. D. Tapa sur le capot, plus fort, mais ne bougea pas.

Le voisin s'était arrêté et regardait la scène avec effroi. On l'enjoignait de partir mais il ne voulais pas nous laisser avec ce fou furieux.

Rose stoppa, et sortit de sa bagnole. D me dit qu'on allait pas rester là, qu'on allait voir les flics. Je descendis fermer notre appartement à clefs. J'imaginais que Rose, dans l'état ou il était pourrais profiter de notre absence pour tout saccager.

Je vis M. Rose se diriger vers sa terrasse. Ça m'a étonnée. Je me suis dit « tien, il abandonne ? »

Lorsque j'étais en bas, j'entendis D crier « Attention il a une arme ! »

Je suis remontée en courant. D était dans notre voiture, prêt à démarrer et on fila tous à la gendarmerie.

J'étais toujours en pyjama. D était en caleçon.

(On adore passer nos matinées chez les poulets en pyjama. C'est vraiment la classe.)


M. Rose n'avait pas « abandonné », il était parti prendre sa machette et se dirigeait vers le voisin en la cachant plus ou moins dans son dos. C'est à ce moment que D avait crié. Il avait eu vraiment peur qu'il découpe notre voisin en rondelle.


M. Rose est réellement fou.

Il nous restait un mois à vivre dans cet appart, et nos seuls alliés, nos voisins étaient partis.


par La Fourmi
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Retour à la page d'accueil

Présentation

Profil

  • : La Fourmi
  • lafourmiaplumes
  • : Femme
  • : 28/05/1974
  • : monde

Calendrier

Octobre 2008
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus