Nos voisins, dans leur déménagement cauchemardesque n'avaient pas pu emporter leur appareil de musculation.
Je subodorais (oui oui oui, je « subodore », moi !) que M. Rose lorgnait sur cet appareil.
Aussitôt nos voisins partis, D et moi avons démonté la bête et mise à l'abri, dans notre appartement.
Nos voisins étant partis avec notre voiture, il fallait bien qu'ils passent nous la rapporter, et nous avons convenus qu'ils nous appelleraient du haut de l'impasse. Nous en profiterions pour fêter la fin de cette histoire, au resto, tous ensemble.
Enfin, la fin, ou presque. Les sportifs avaient encore l'état des lieux à faire, nous avions encore un mois à vivre avec ce fou.
M. Rose n'avait pas réalisé qu'ils étaient partis avec toutes leurs affaires. Lorsqu'il s'en rendit compte, il nous demanda illico (« c'est un ordre ») leurs coordonnées. De toute façon, nous n'avions pas leur nouvelle adresse. Ils logeaient chez un ami en attendant de trouver une autre location. Je lui répondait que de toute façon, il les verrait pour l'état des lieux.
Mais lorsqu'il nous vit partir à pieds, sachant que les sportifs avaient notre voiture, il nous suivit.
Nous avons retrouvé nos voisins en haut de l'impasse. Ils devaient faire un crochet par le bourg pour chercher leur ami qui les hébergeait. Donc, ils passaient devant et nous les suivions en voiture. Soudain, D ralentit et regarde avec insistance dans son rétroviseur.
- Non ? D ! Tu ne crois pas que...
- C'est pas une clio blanche derrière ?
Je me retourne.
- Heu, moi les voitures hein... Y sont deux. Bah, de toute façon, ils viennent de tourner.
- Mince ! On a perdu les autres devant !
- C'est pas grave, on va les attendre au resto.
- Ha ha ! On devient complètement paranos !
- Oui, c'est dingue ça ! On a vraiment cru qu'il nous suivait ! Ha ha ! On va raconter ça aux autres, on va rigoler de toute cette histoire de fou ! (oui fou, au singulier)
Nous avons donc été directement au restaurant. Peu après, la voiture des sportif arrivait, suivie de près par une clio blanche. Lorsqu'ils entrèrent sur le parking, juste après le virage, M. Rose ne le vit pas, il continua tout droit et ralentis, ralentis. Puis il entra à l'autre bout du parking et stationna.
Les sportifs, n'en croyait pas leurs yeux. Ils avaient été suivis !
Sans doute, les Roses avaient tourné dans le bourg à leur recherche et les avaient retrouvé. (Je dis « les Roses », car Mme Rose était aussi dans la voiture.)
- Nan mais j'y crois pas ! Je vais aller lui dire deux mots à celui là.
- Aha ! On n'avait pas halluciné, c'était vraiment lui derrière nous ! On l'a vu qui nous suivait, on a cru qu'on tournait paranos !
- Hé ! M. Rose ! M. ROSE ! HO VOUS M'ENTENDEZ ! HÉ ! REV'NEZ ! HÉ ROSE ? QU'EST CE QUE VOUS FAITES LÀ ?
Les Roses qui se croyaient discrets, sortirent de leur voiture et se dirigèrent précipitamment vers la plage, main dans la main en faisant mine de ne rien entendre. Bien sûr, ils étaient là par hasard, et avaient envie d'une petite promenade romantique au bord de mer. Bien sûr, bien sûr.
On gara nos voitures devant le restaurant, histoire de les avoir à l'oeil. Des fois qu'il leur prendrait l'envie d'en dégonfler les pneus.
Et on passa une bonne soirée.
- Mais pourquoi vous voulez faire l'état des lieux ? Y'a plus de caution en cause.
- Ha mais j'ai jamais voulu l'arnaquer, je vais lui rendre un appart nickel, et il va bien voir qu'il avait tort.
- Mais que dalle ! Il est d'une telle mauvaise foi, il trouvera toujours un truc.
- Peut-être, mais moi j'aurais été honnête jusqu'au bout. Je ne lui ai pas payé son mois de loyer, il garde la caution, l'appart est nickel, je fait l'état des lieux et on est quitte. Basta !
- Chuis pas convaincue
- Je ne veux rien avoir à me reprocher.
- Pffff ! À ta place, j'irais pas.
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