Les nouveaux voisins nous surnommaient « les végétariens » avec un air moqueur, eu égard à notre alimentation non carnée. Je les surnommais « les sportifs », ça leur allait très bien.
Ils avaient acheté un appareil de musculation qui fit baver d'envie M. Rose. (et mourir de rire leurs voisins, nous, en l'occurence)
Ils comptaient le mettre sur leur petite terrasse. La « bête » y prendrait beaucoup de place, mais tant qu'à faire, autant s'exercer au soleil.
M. Rose leur offrit généreusement d'installer leur appareil sur sa grande terrasse. (Vous savez, celle juste au dessus de notre appartement.) Et c'est ainsi que nous avons eu la joie d'être réveillé tous les matins par M. Rose, faisant ses exercices de muscu, juste au dessus de notre chambre, sur la musique entraînante de radio révérence « Ho merci Seigneur, Halleluya ! »
* * *
Le mois de juin arrivait et la date fatidique du 5, date limite de paiement des loyers.
J'espérais Naïvement que D et les sportifs mettraient les choses au clair avec M Rose. Mais ils ont plutôt décidé de faire l'autruche et d'attendre, voir ce qu'il se passe.
Évidement, M Rose est venu nous réclamer son dû. D a prétexté des ennuis temporaires d'argent. Nos voisins ont été plus francs, mais moins diplomates.
- On craint que vous ne nous rendiez pas notre caution.
- Comment ? Mais bien sûr que si ! Je vais vous la rendre, alors payez moi mon loyer !
- Mais si vous comptez nous la rendre, quelle différence ça fait qu'on ne paye pas le dernier mois de loyer, et vous gardez la caution ?
- Mais vous n'avez pas le droit ! Vous devez me payer ! (...)
Le ton montait tant et si bien que nous sommes sortis de chez nous pour calmer notre propriétaire.
A partir de ce moment, ce fut la guerre.
Pour commencer, M Rose sépara un de ses moutons et l'attacha sous notre fenêtre.
Saviez vous qu'un mouton, séparé de ses pairs bêle environ une fois par minute ? Moi non plus. Maintenant, je le sais (et vous aussi par la même occasion.)
Mais nous n'étions pas à plaindre, les sportifs n'avaient plus d'eau !
Le voisin était scandalisé.
- Il n'a pas le droit de faire ça ! J'ai travaillé dans l'immobilier et je sais qu'on n'a pas le droit de couper l'eau aux gens ! Déjà qu'il nous harcèle littéralement tous les jours. Ma copine a peur !
- Bon. Prends un seau... Allez, je vais te remplir des bouteilles.
Un jour, M. Rose gara sa voiture en travers devant la voiture de nos voisins pour les empêcher de partir. Il bloquait aussi la notre par la même occasion. Informés par le tintamarre qui s'en suivit, nous sommes montés, et D a déclaré avoir besoin de faire un tour. M Rose a dû pousser sa voiture pour nous laisser partir, et nos voisins aussi par la même occasion.
Mais à notre retour, plus de place pour nous sous le auvent. Pour nous punir, M Rose nous retira la place de parking couverte qui nous était attribuée. La saison des pluies commençait, et nous avions une vitre brisée. Notre voiture se transforma en piscine.
Nous avons vérifié sur notre contrat de location qu'une place de parking nous était attribué, mais rien ne stipulait qu'elle devait être couverte.
Le soir de la fête de la musique, nous sommes sortis voir un concert, comme il se doit.
Quand nous sommes rentrés, le disjoncteur était éteint, et nous avons trouvés un verre cassé. Je me souvient très bien avoir pensé que ce verre était trop près du bord de la table au moment de partir. Mais aucun risque qu'il ne chute en notre absence.
Bref, quand on est rentrés, le verre était par terre. Sans aucun doute, quelqu'un s'était introduit chez nous. C'était idiot de couper
notre électricité alors que l'interrupteur était à l'intérieur de l'appartement.
Nous nous sommes rendus compte par la suite qu'il n'y avait pas que le disjoncteur de coupé, notre contrat de bail, posé bien en évidence sur le bureau (mais qu'on est bête aussi) avait disparu.
Quelques jours plus tard, plus d'eau. Il faut savoir qu'aux Antilles, les coupures d'eau, et d'électricité sont très courantes. On ne s'est pas affolés. On a cru (enfin, espéré) à une panne générale.
C'est devant le ton fuyant de Mme Rose qu'on a commencé à se poser des questions.
- Holala, encore une coupure, vous avez de l'eau chez vous madame Rose ?
- Hmmm, bonjour...
- On n'a plus d'eau depuis ce matin, et vous ?
- Ho heu, je sais pas...
Vloup, elle s'enfuit en trottinant.
Aïe.
Le robinet devant notre porte ne fonctionne plus non plus.
Vivre sans eau courante, c'est dur. Sous les tropiques, c'est très dur.
Pas de douche, pas de possibilité de laver son linge, et que dire de la vaisselle qui s'entasse ?
Bien sûr, pas moyen de demander de l'aide aux voisins, eux-mêmes privés d'eau depuis une semaine. Le robinet d'arrivée était introuvable.
Je vous passe les engueulades et menaces entre D et M. Rose.
Le 24 juin, nous avons payé notre loyer.
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bisous
Peggy